L’événement sans PowerPoint : est-ce vraiment possible ?

Il y a une scène qu’on a tous vécue. La lumière baisse, le logo de l’entreprise apparaît sur l’écran, et quelqu’un commence à lire ses slides à voix haute. Quarante-cinq minutes plus tard, avec quarante-deux diapositives derrière lui, le présentateur conclut avec « des questions ? ». Le silence qui suit n’est pas de l’admiration.

Le PowerPoint est devenu le format par défaut de toute prise de parole professionnelle, au point qu’on ne se pose plus vraiment la question de savoir s’il est le bon outil pour ce qu’on veut produire. C’est précisément cette question qu’il faut poser avant de concevoir un séminaire ou un événement d’entreprise.

Ce que la recherche dit sur le PowerPoint et l’attention

Des études en sciences de l’éducation et en psychologie cognitive ont montré de façon convergente que les présentations PowerPoint dans leur format standard renforcent la passivité du public. Le problème n’est pas l’outil lui-même, c’est la façon dont il est utilisé. Quand un présentateur lit ses slides, deux processus concurrents s’activent dans le cerveau des spectateurs : ils lisent le texte à l’écran et entendent simultanément les mêmes mots prononcés à voix haute. Ce double traitement crée ce que les chercheurs en psychologie cognitive appellent une surcharge cognitive : le cerveau traite deux flux identiques en parallèle au lieu d’un seul message enrichi.

Des travaux sur la charge cognitive et les supports de présentation (notamment ceux de Richard Mayer sur la théorie de l’apprentissage multimédia) établissent que les présentations les plus efficaces combinent une image ou un schéma avec un discours oral. On ne retrouve pas de texte à l’écran doublé d’une voix qui lit ce texte. Le format « diapositive chargée + lecture à voix haute » est précisément ce qui nuit le plus à la rétention d’information.

Pourquoi le PowerPoint s’est imposé comme format par défaut

Le PowerPoint remplit une fonction que le public connaît moins : il sécurise le présentateur. Avoir ses slides devant soi, c’est avoir un filet. Ça structure le discours, ça comble les silences, ça donne l’impression de maîtriser le contenu. Ces avantages sont réels pour celui qui parle mais ne correspondent pas forcément à une expérience meilleure pour ceux qui écoutent.

Par ailleurs, le PowerPoint est devenu un livrable en soi. Dans beaucoup d’entreprises, « faire une présentation » signifie « produire un deck ». On optimise le design des slides plutôt que la clarté de ce qu’on veut dire.

Ce qu’on perd quand tout passe par des slides

La relation directe entre le présentateur et la salle. Quand l’attention se partage entre l’écran et la personne qui parle, la connexion humaine est diluée. Un intervenant qui parle sans support, face à la salle, avec un discours préparé et maîtrisé, capte l’attention d’une façon que les slides les mieux conçues ne permettent pas de reproduire.

La flexibilité du moment. Une présentation construite autour de slides est difficile à adapter en cours de route. Si la salle réagit différemment de ce qu’on avait anticipé, si une question ouvre un angle plus intéressant, si le timing change : les slides imposent une rigidité qui peut travailler contre la qualité du moment.

La mémoire de ce qui a été dit. Des études en pédagogie active montrent de façon robuste que les publics qui ont vécu une session interactive avec des échanges, des questions, des moments de participation retiennent davantage d’informations que ceux qui ont suivi une présentation passive, même bien construite. Le PowerPoint, dans son usage standard, maximise la passivité.

Ce qui peut remplacer ou compléter les slides

Le storytelling oral. Un discours construit comme une narration avec une tension, des exemples concrets, un rythme captive une salle sans avoir besoin de support visuel. C’est le format des conférences TED les plus vues : pas de slides, ou des slides minimalistes qui soutiennent sans remplacer le propos.

Le tableau blanc ou le paper board en temps réel. Dans un atelier ou un séminaire de travail, construire un schéma devant la salle pendant qu’on l’explique est plus engageant qu’une diapositive préparée. Le public suit le processus de construction, pas seulement le résultat.

Les supports physiques ou les documents remis après. Quand l’objectif est de transmettre de l’information dense (chiffres, données, comparatifs) un document distribué après la prise de parole est plus efficace qu’une slide qui tente de tout contenir. Cela libère la présentation orale pour ce qu’elle fait le mieux : convaincre, inspirer, créer du lien.

Les formats de participation active. Questions à la salle, travaux en sous-groupes, votes en direct, débats structurés : ces formats produisent une rétention d’information bien supérieure à la présentation passive, et ils transforment le public en acteur plutôt qu’en spectateur.

Quand le PowerPoint reste pertinent

Ce n’est pas une question de principe mais d’adéquation. Le PowerPoint est utile quand le visuel apporte quelque chose que la parole ne peut pas apporter : une image, un graphique, un schéma complexe, une comparaison de données. Il est contre-productif quand il devient le script du présentateur. La question n’est pas « slides ou pas slides », c’est « qu’est-ce que ce support apporte que ma parole seule ne peut pas apporter ? »

Un événement sans PowerPoint n’est pas un événement appauvri, c’est un événement qui a fait le choix de la relation plutôt que du support. Ce choix demande plus de préparation de la part des intervenants, mais il produit presque toujours une expérience plus dense et un souvenir plus fort. Et c’est, au fond, ce qu’on cherche dans un événement d’entreprise.

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https://www.researchgate.net/publication/242099673_Overloading_on_Slides_Cognitive_Load_Theory_and_Microsoft%27s_Slide_Program_PowerPoint

Cognitive Load During Problem Solving: Effects on Learning – Sweller – 1988 – Cognitive Science – Wiley Online Library

Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics | PNAS

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